Salif Diallo : un journaliste dévoué, reporter éternel
Le journaliste Mamadou Salif Diallo, décédé le lundi 31 octobre 2022 à Dakar, à l’âge d 53 ans, des suites d’une maladie, fut un reporter dévoué et un militant infatigable du sport et de sa promotion. Un emblème du journalisme qui avait tout pour inspirer les plus jeunes reporters et imposer respect et honorabilité au-delà du monde des médias.
Les témoignages sont unanimes pour souligner l’engagement dans le travail de l’ancien chef du service sports de l’Agence de presse sénégalaise (APS). Salif était en même temps coordonnateur du Réseau des journalistes sportifs des Agences de presse membres de la Fédération atlantique des agences de presse africaines (FAAPA). Journaliste sportif dans l’âme, il a pris part à la couverture de tous les grands événements sportifs mondiaux et africains de ces 20 dernières années, dont toutes les éditions de la Coupe du monde de football, de la Coupe d’Afrique des nations de football et des Jeux olympiques.
Diplômé du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), l’école de journalisme de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), Salif Diallo a entamé sa carrière au sein de l’hebdomadaire Nouvel Horizon puis a intégré Sud Quotidien avant d’atterrir à l’APS en janvier 2001. Il « s’acquittait avec beaucoup de cœur de son devoir », a témoigné le journaliste Mamadou Koumé directeur général de l’APS (2000-2009), qui a justement recruté le défunt reporter au sein de l’agence publique d’information.
Selon Mamadou Koumé, par ailleurs ancien directeur des études du Cesti, l’école de journalisme de Dakar, Diallo était d’abord un étudiant modèle et dévoué, tout investi dans les études de journalisme et surtout passionné de sport. « Mamadou Salif Daillo, je l’ai connu d’abord comme étudiant. On sentait qu’il aimait le journalisme et voulait en savoir toujours plus. Ce qui est une qualité pour toute personne qui souhaite embrasser le métier », avance M. Koumé. Il ajoute : « Ensuite, je l’ai recruté en tant que directeur de l’Agence de presse sénégalaise. Il est venu me dire par la suite qu’il souhaiterait travailler à la rubrique sportive de l’Agence. C’était à un moment où il n’y avait pas vraiment de rubrique sportive à l’APS. Nous nous sommes réunis, Salif, moi et le rédacteur en chef d’alors Cheikh Tidiane Ndiaye pour mettre en place cette rubrique ».
Cheikh Tidiane Ndiaye rappelle avoir collaboré pendant seize ans avec Salif Diallo. Il retient surtout de lui que le défunt chef du service sports de l’APS faisait la différence dans la pratique quotidienne de son métier. « Il s’est très tôt démarqué en montrant son amour pour le journalisme. Il a dès le début su qu’il était intéressé par le sport et il s’est investi dans le sport. Ce qui ne l’empêchait d’écrire dans d’autres disciplines quand le besoin était là mais c’était vraiment le sport qui le passionnait, le football en particulier », renchérit-t-il.
Salif Diallo, c’était aussi « une grande capacité de production. Il produisait beaucoup de dépêches par jour », selon Cheikh Tidiane Ndiaye. « Le fil d’une agence, explique-t-il, c’est une information continue et je pouvais toujours compter sur Salif pour la production. Dès qu’il constate que le fil ne bougeait pas, il venait me le dire et quelques minutes après, il proposait quelque chose. Il n’était pas à la rédaction pour s’amuser. Il travaillait, il fallait l’entendre avec sa machine tu avais l’impression qu’il martyrisait le clavier tellement il tapait très fort et vite. » Et même quand l’actualité était morose ou que le championnat était à l’arrêt, il s’en sortait toujours avec des papiers qui sortent de l’ordinaire : « Quand le championnat était à l’arrêt, il te propose des papiers magazine car il avait un carnet d’adresse très fourni. Un bon journaliste doit avoir des sources qui lui permettent soit de vérifier une information, soit de la donner dans toutes ses coutures. »
Salif ne se contentait pas de produire, il s’est fait surtout remarquer par des papiers qui font autorité et qui étaient repris par de nombreux supports. « Un jour, j’ai demandé qu’on fasse les statistiques en relevant les articles repris par la presse quotidienne et à chaque fois, ce sont les papiers de Salif qui trônaient en tête », révèle Mamadou Koumé. Salif ne s’en limitait pas, il était aussi là pour ses collègues. A partir d’une information donnée, qui peut sembler banale, il se sentait toujours obligé de creuser, d’aller plus loin. Ce qui débouchait parfois sur des merveilles d’articles.
Cheikh Tidiane se souvient de la production extraordinaire faite par Salif Diallo lors de la coupe du monde 2002 en Corée. Il suggère de se rapprocher des archives de l’Agence de presse sénégalaise pour s’en convaincre. L’ancien rédacteur en chef de l’APS de saluer la mémoire d’un journaliste généreux dans l’effort, disponible. Un modèle, pour résumer. Le genre de journaliste dont une rédaction a besoin. « Je vous l’offre comme modèle et j’invite les jeunes reporters à consulter ses productions dans les archives de l’APS », conclut-il.